Le Gueuloir

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Venez lire Le Gueuloir #5

C’est avec une immense joie que nous voyons enfin paraître notre cinquième numéro, qui est de loin celui qui nous a donné le plus de fil à retordre…. Mais qu’importe, parce que c’est notre anniversaire : Le Gueuloir a un an ! 

Au programme : rencontre avec quelques jeunes artistes nîmois, ainsi qu’un peu d’actualité culturelle régionale.

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L’Art Pauvre – issu du mouvement italien des années 60 « Arte Povera »- en voilà une formule intrigante ! A l’heure où l’art cherche plus que jamais sa définition dans le même temps qu’il devient un véritable marché, le mot « pauvre » prend tout son sens.Si cette exposition – présentant le travail de huit sculpteurs venus du monde entier – n’a pas la prétention de réduire l’art à une définition étriquée, elle nous donne cependant une de ses nombreuses facettes et plus précisément ce à quoi il peut prétendre ressembler en 2011.Avec l’Art Pauvre, le support traditionnel est aboli : la sculpture ne trouve plus ni de socle ni vraiment de « matière première ». Celle-ci est issue d’un procédé de collecte, de récupération : l’économie de moyens est le maître mot de ce travail sur la sculpture de notre siècle. Si la sculpture est jeu avec l’espace, il est issu réduit à l’essentiel. Et même, les œuvres présentées semblent toujours en cours de construction de sorte à ce que l’on ressente l’élan artistique de création qui a fini par amener cet étrange cendrier, cette poudre à maquillage, cette immense poutre dans les salles blanches du White Cube nîmois. Cet élan artistique qui nous est donné à ressentir c’est en quelque sorte la métaphore de notre monde moderne qui est en perpétuel mouvement. Les hommes et les femmes du nouveau millénaire s’activent sans jamais s’arrêter comme sous le coup d’une sorte d’inspiration permanente et se plaisent à construire et à déconstruire comme si cette vie ne devait être qu’un chantier à rebâtir, à faire idéal à partir de rien, pourtant. Dès lors, ce n’est pas une surprise si l’exposition elle-même ressemble à un chantier. Une poutre posée en déséquilibre contre un mur, qu’a-t-elle à nous dire ? Quelle est sa place dans le Carré d’Art ? En faisant de cette pièce de bois brut une œuvre d’art, Katinka Bock tente de nous dire la fragilité, l’instabilité de notre monde. C’est difficilement que cette poutre trouve l’équilibre, et peut-être le trouve-t-elle seulement grâce à l’Art : ici, dans cette salle d’exposition où des centaines de personnes passent, son destin n’est plus de soutenir, cachée, une construction mais bien d’être le fil conducteur d’une pensée que tisse l’exposition. Elle se tient là comme une chance à saisir, véritable métaphore du champ des possibles d’aujourd’hui : construire, déconstruire, reconstruire ; le choix se tient là devant nous et l’on réalise que cette poutre, autant que chaque visiteur, fait partie de la construction du monde moderne où rien n’est plus sûr que l’incertitude elle-même. D’où vient  ce besoin de renverser l’Art, de l’épuiser jusqu’à obtenir sa substance, son ultime définition ? C’est bien là le mal de notre époque, tout semble à redéfinir mais ce travail laborieux et peut-être un peu déprimant ne peut se faire que dans une mouvance jeune et convaincue que l’Art Pauvre tente de créer.Au-delà de ça, une véritable dualité habite cette exposition où s’affrontent la ville impersonnelle et l’environnement familier. Karla Black nous renvoie à l’intime en appliquant de la poudre à maquillage par centaines de milliers de grains sur le sol du Carré d’Art mais cette dimension extrême qu’elle prend n’évoquerait-elle pas une forme de fragilité, de déconstruction de l’individualité au profit de l’universalité ? C’est bien une humanité monumentale qui se dégage de son travail et qui devient presque effrayante tant elle renvoie au plus commun. Il en va de même pour le travail de Thea Djordjadze qui trace à l’aide de matériaux les plus simples, d’éléments de construction les plus rudimentaires l’espace de l’intime : une sorte de cabane d’enfant ou de décor de théâtre minimaliste qui nous renvoie autant au personnel qu’à l’impersonnel dans une terrible confrontation de ces deux termes.Pour donner une conclusion à une exposition qui n’en exige pas vraiment, l’on peut voir l’Art Pauvre comme cette partie de l’art contemporain qui nous touche plus avec des idées, des références, des évocations successives que par la beauté plastique de l’œuvre. Quel intérêt y aura-t-il à emprisonner la beauté dans le White Cube quand le propos de l’exposition est justement de nous signifier qu’elle est partout : dans le plus simple morceau de bois que le champ des possibles invite autant à intégrer dans une construction qu’à transformer en œuvre d’art, dans cette universalité dévorante où il faut lutter pour imposer son individualité, dans une habitude ou un instant que notre mémoire chérira toujours (Autoportrait détumescent et post-keynesien, nostalgique du sexe matinal en prenant un café serré avec du sucre (et un petit chocolat) – CRUZVILLEGAS) . • VERA

L’Art Pauvre – issu du mouvement italien des années 60 « Arte Povera »- en voilà une formule intrigante ! A l’heure où l’art cherche plus que jamais sa définition dans le même temps qu’il devient un véritable marché, le mot « pauvre » prend tout son sens.

Si cette exposition – présentant le travail de huit sculpteurs venus du monde entier – n’a pas la prétention de réduire l’art à une définition étriquée, elle nous donne cependant une de ses nombreuses facettes et plus précisément ce à quoi il peut prétendre ressembler en 2011.

Avec l’Art Pauvre, le support traditionnel est aboli : la sculpture ne trouve plus ni de socle ni vraiment de « matière première ». Celle-ci est issue d’un procédé de collecte, de récupération : l’économie de moyens est le maître mot de ce travail sur la sculpture de notre siècle.


Si la sculpture est jeu avec l’espace, il est issu réduit à l’essentiel. Et même, les œuvres présentées semblent toujours en cours de construction de sorte à ce que l’on ressente l’élan artistique de création qui a fini par amener cet étrange cendrier, cette poudre à maquillage, cette immense poutre dans les salles blanches du White Cube nîmois. Cet élan artistique qui nous est donné à ressentir c’est en quelque sorte la métaphore de notre monde moderne qui est en perpétuel mouvement. Les hommes et les femmes du nouveau millénaire s’activent sans jamais s’arrêter comme sous le coup d’une sorte d’inspiration permanente et se plaisent à construire et à déconstruire comme si cette vie ne devait être qu’un chantier à rebâtir, à faire idéal à partir de rien, pourtant.

Dès lors, ce n’est pas une surprise si l’exposition elle-même ressemble à un chantier. Une poutre posée en déséquilibre contre un mur, qu’a-t-elle à nous dire ? Quelle est sa place dans le Carré d’Art ? En faisant de cette pièce de bois brut une œuvre d’art, Katinka Bock tente de nous dire la fragilité, l’instabilité de notre monde. C’est difficilement que cette poutre trouve l’équilibre, et peut-être le trouve-t-elle seulement grâce à l’Art : ici, dans cette salle d’exposition où des centaines de personnes passent, son destin n’est plus de soutenir, cachée, une construction mais bien d’être le fil conducteur d’une pensée que tisse l’exposition. Elle se tient là comme une chance à saisir, véritable métaphore du champ des possibles d’aujourd’hui : construire, déconstruire, reconstruire ; le choix se tient là devant nous et l’on réalise que cette poutre, autant que chaque visiteur, fait partie de la construction du monde moderne où rien n’est plus sûr que l’incertitude elle-même. D’où vient  ce besoin de renverser l’Art, de l’épuiser jusqu’à obtenir sa substance, son ultime définition ? C’est bien là le mal de notre époque, tout semble à redéfinir mais ce travail laborieux et peut-être un peu déprimant ne peut se faire que dans une mouvance jeune et convaincue que l’Art Pauvre tente de créer.

Au-delà de ça, une véritable dualité habite cette exposition où s’affrontent la ville impersonnelle et l’environnement familier. Karla Black nous renvoie à l’intime en appliquant de la poudre à maquillage par centaines de milliers de grains sur le sol du Carré d’Art mais cette dimension extrême qu’elle prend n’évoquerait-elle pas une forme de fragilité, de déconstruction de l’individualité au profit de l’universalité ? C’est bien une humanité monumentale qui se dégage de son travail et qui devient presque effrayante tant elle renvoie au plus commun.

Il en va de même pour le travail de Thea Djordjadze qui trace à l’aide de matériaux les plus simples, d’éléments de construction les plus rudimentaires l’espace de l’intime : une sorte de cabane d’enfant ou de décor de théâtre minimaliste qui nous renvoie autant au personnel qu’à l’impersonnel dans une terrible confrontation de ces deux termes.


Pour donner une conclusion à une exposition qui n’en exige pas vraiment, l’on peut voir l’Art Pauvre comme cette partie de l’art contemporain qui nous touche plus avec des idées, des références, des évocations successives que par la beauté plastique de l’œuvre. Quel intérêt y aura-t-il à emprisonner la beauté dans le White Cube quand le propos de l’exposition est justement de nous signifier qu’elle est partout : dans le plus simple morceau de bois que le champ des possibles invite autant à intégrer dans une construction qu’à transformer en œuvre d’art, dans cette universalité dévorante où il faut lutter pour imposer son individualité, dans une habitude ou un instant que notre mémoire chérira toujours (Autoportrait détumescent et post-keynesien, nostalgique du sexe matinal en prenant un café serré avec du sucre (et un petit chocolat) – CRUZVILLEGAS) . • VERA

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« Les groupes français sont tous nuls » Cette pseudo-maxime utilisée à tort et à travers a le don de nous irriter car elle dénigre - sans raison apparente – toute une population de jeunes, et moins jeunes, gens qui combinent talent et nationalité française. Alors pour ceux qui en douteraient encore, notre bilan musical de l’année se terminera en beauté avec un groupe français qui semble avoir réuni toutes les qualités que l’on peut exiger de lui : HYPHEN HYPHEN.Il s’agit de niçois débordants de talent et d’énergie, deuxième révélation jeune de la ville après Quadricolor en 2010. Leur premier Ep, « Chewbacca, I’m Your Mother » est sorti en Mars dernier et regroupe cinq titres d’exception, surprenants et tonitruants. Enregistré au studio Phantom, l’EP a été masterisé au studio Exchange à Londres par lequel sont passés Klaxons, Phoenix ou Foals, rien que ça ! Cette toute jeune formation joue autant sur les rythmes qui nous prennent aux tripes et nous donnent instantanément envie de danser que sur les voix – puissantes et maîtrisées – qui suintent la bonne humeur et la nouveauté.Le tout est étourdissant et l’on se laisse vite porter par ce brassage new-wave-electro-rock-disco tellement vibrant et plein d’allégresse. Leur talent est de toujours doser les genres avec justesse : le fond est définitivement rock, quelques influences new-wave se laissent entendre aux quatre coins des morceaux tandis que le côté disco est juste assez présent pour nous faire taper du pied au rythme de cette batterie déchaînée et les arrangements électroniques pas trop omniprésents, histoire de ne pas tomber dans le piège de l’électro-rock vue et revue.Mais leur véritable point fort c’est la scène, sur laquelle ils montent toujours survoltés et peinturlurés, l’occasion de découvrir que le groupe mérite plutôt le nom de « tribu » tant ils sont proches et partagent leurs propres codes. Vous avez d’ailleurs peut-être eut l’occasion de les voir à Nîmes lors de la fête de la musique 2011 où ils ont comme qui dirait mit le feu ! • VERA

« Les groupes français sont tous nuls » Cette pseudo-maxime utilisée à tort et à travers a le don de nous irriter car elle dénigre - sans raison apparente – toute une population de jeunes, et moins jeunes, gens qui combinent talent et nationalité française.
Alors pour ceux qui en douteraient encore, notre bilan musical de l’année se terminera en beauté avec un groupe français qui semble avoir réuni toutes les qualités que l’on peut exiger de lui : HYPHEN HYPHEN.
Il s’agit de niçois débordants de talent et d’énergie, deuxième révélation jeune de la ville après Quadricolor en 2010. Leur premier Ep, « Chewbacca, I’m Your Mother » est sorti en Mars dernier et regroupe cinq titres d’exception, surprenants et tonitruants. Enregistré au studio Phantom, l’EP a été masterisé au studio Exchange à Londres par lequel sont passés Klaxons, Phoenix ou Foals, rien que ça ! Cette toute jeune formation joue autant sur les rythmes qui nous prennent aux tripes et nous donnent instantanément envie de danser que sur les voix – puissantes et maîtrisées – qui suintent la bonne humeur et la nouveauté.
Le tout est étourdissant et l’on se laisse vite porter par ce brassage new-wave-electro-rock-disco tellement vibrant et plein d’allégresse. Leur talent est de toujours doser les genres avec justesse : le fond est définitivement rock, quelques influences new-wave se laissent entendre aux quatre coins des morceaux tandis que le côté disco est juste assez présent pour nous faire taper du pied au rythme de cette batterie déchaînée et les arrangements électroniques pas trop omniprésents, histoire de ne pas tomber dans le piège de l’électro-rock vue et revue.
Mais leur véritable point fort c’est la scène, sur laquelle ils montent toujours survoltés et peinturlurés, l’occasion de découvrir que le groupe mérite plutôt le nom de « tribu » tant ils sont proches et partagent leurs propres codes. Vous avez d’ailleurs peut-être eut l’occasion de les voir à Nîmes lors de la fête de la musique 2011 où ils ont comme qui dirait mit le feu !

• VERA

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Lorsque l’on commence à faire le bilan musical de l’année, le moment le plus intriguant est toujours celui où l’on attribue le titre de « découverte de l’année » à un artiste.  A l’ère de la modernité, l’internet grouille de ces découvertes accessibles en deux clics qui ont toutes de jolies histoires à nous raconter et de jolies mélodies à faire parvenir à nos oreilles. Mais la question est de savoir : qui a réussi – en l’espace d’un an – à se faire découvrir et apprécier à sa plus juste valeur ? Notre réponse serait sans hésitation : James Blake, ce jeune anglais âgé d’à peine 22 ans qui a tissé une année de surprises musicales.Pour ceux qui seraient passés à côté de la médiatisation de James Blake, le jeune homme officie du côté de la scène électronique qu’il s’amuse à renouveler et à laquelle il insère bon nombre d’influences telles que la dubstep. En sortant son premier album – sobrement intitulé James Blake – en Février il se place en tête des découvertes de 2011 et obtient un 9/10 ainsi que le titre de « Best new music » sur le très influent site américain Pitchfork. Et l’on ne peut que s’accorder à leur propos tant cet album est plein de surprise et de nouveauté. Une voix bouleversante et une orchestration minimaliste sont la recette qu’il applique sur cet album qui se déroule comme un rêve ou parfois comme un cauchemar fiévreux ; mais quoi qu’il en soit l’on refuse de se réveiller. Sa musique apparaît blanche : pure et minimaliste, le jeune homme se plaît à démystifier les genres qu’il mélange pour en tirer des articulations souples et donne à ses mélodies le souffle chaud d’un amour toujours renouvelé, d’une flamme toujours entretenue. Rien ne se perd, chaque note éclot dans notre oreille avec la chaleur des plus grands tourments. Et l’ami Blake ne s’arrêtera pas au buzz de l’album ! Bien au contraire, il s’attachera à nous surprendre tout au long de l’année en nous proposant de nouvelles compositions époustouflantes et attachantes.Après avoir dévoilé plusieurs titres sur le net, le bonhomme a sorti un nouvel EP nommé Enough Thunder le 10 Octobre dernier contenant un duo avec Bon Iver qui lui aussi aura fait un buzz justifié. Alors que la promo de cet EP n’est pas même terminée, James Blake se plaît à nous proposer de plus en plus de compositions, disponibles sur YouTube, et l’on peut ainsi remarquer que son travail évolue, notamment autour des arrangements qui se font de plus en plus présents et supportent ainsi mieux sa voix.En nous emmenant ainsi de surprise en surprise, il semblerait bien que le monsieur mérite ce titre de découverte de l’année 2011. • VERA

Lorsque l’on commence à faire le bilan musical de l’année, le moment le plus intriguant est toujours celui où l’on attribue le titre de « découverte de l’année » à un artiste.  A l’ère de la modernité, l’internet grouille de ces découvertes accessibles en deux clics qui ont toutes de jolies histoires à nous raconter et de jolies mélodies à faire parvenir à nos oreilles. Mais la question est de savoir : qui a réussi – en l’espace d’un an – à se faire découvrir et apprécier à sa plus juste valeur ?
Notre réponse serait sans hésitation : James Blake, ce jeune anglais âgé d’à peine 22 ans qui a tissé une année de surprises musicales.

Pour ceux qui seraient passés à côté de la médiatisation de James Blake, le jeune homme officie du côté de la scène électronique qu’il s’amuse à renouveler et à laquelle il insère bon nombre d’influences telles que la dubstep.
En sortant son premier album – sobrement intitulé James Blake – en Février il se place en tête des découvertes de 2011 et obtient un 9/10 ainsi que le titre de « Best new music » sur le très influent site américain Pitchfork.
Et l’on ne peut que s’accorder à leur propos tant cet album est plein de surprise et de nouveauté. Une voix bouleversante et une orchestration minimaliste sont la recette qu’il applique sur cet album qui se déroule comme un rêve ou parfois comme un cauchemar fiévreux ; mais quoi qu’il en soit l’on refuse de se réveiller.
Sa musique apparaît blanche : pure et minimaliste, le jeune homme se plaît à démystifier les genres qu’il mélange pour en tirer des articulations souples et donne à ses mélodies le souffle chaud d’un amour toujours renouvelé, d’une flamme toujours entretenue. Rien ne se perd, chaque note éclot dans notre oreille avec la chaleur des plus grands tourments.

Et l’ami Blake ne s’arrêtera pas au buzz de l’album ! Bien au contraire, il s’attachera à nous surprendre tout au long de l’année en nous proposant de nouvelles compositions époustouflantes et attachantes.
Après avoir dévoilé plusieurs titres sur le net, le bonhomme a sorti un nouvel EP nommé Enough Thunder le 10 Octobre dernier contenant un duo avec Bon Iver qui lui aussi aura fait un buzz justifié.
Alors que la promo de cet EP n’est pas même terminée, James Blake se plaît à nous proposer de plus en plus de compositions, disponibles sur YouTube, et l’on peut ainsi remarquer que son travail évolue, notamment autour des arrangements qui se font de plus en plus présents et supportent ainsi mieux sa voix.
En nous emmenant ainsi de surprise en surprise, il semblerait bien que le monsieur mérite ce titre de découverte de l’année 2011. • VERA

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Au moment d’établir de nos tops de fin d’année et d’attribuer nos fictifs awards, c’est toujours difficile de trancher et de dire sans hésitation : c’est CET album.Mais cette année, pas l’ombre d’une hésitation : c’est bien l’album des Rapture qui nous a marquées au fer rouge.Peut-être notre passion pour cet album est-elle accentuée par le plaisir de les avoir vus sous leur meilleur jour sur le chantier de la future SMAC le 10 Septembre dernier, ou peut-être est-ce tout simplement parce que leur brûlante évolution est plus séduisante que jamais.En effet, pas besoin de pousser l’écoute de ce disque bien loin pour s’apercevoir qu’il y a eut du changement dans le son du groupe, on ne retrouve plus cette recette accrocheuse qui les caractérisait mais quelque chose de plus ouvert sur les genres. Le groupe s’approprie les caractéristiques de la soul et explore l’électro de façon à nous surprendre à chaque titre que l’on écoute comme s’il figurait sur le premier disque d’un groupe encore inconnu. Mais rien ne sert de s’illusionner, l’on est sensible à leur évolution. Il semble qu’ils aient fait un grand pas en avant depuis Pieces of The People We Love en 2006. Leur musique devient plus mature, on retrouve pas mal de références à la paternité (Children, It Takes Time To Be A Man, Can You Find A Way ?) et si l’on retrouve la thématique de l’amour qui ne les quitte pas depuis le premier disque, ce n’est plus l’amour de jeunesse mais bien celui de leur vie : leur famille ou la musique, au choix.D’un côté, le mélange des genres et le rythme moins soutenu rendent les titres moins immédiats mais cela ne rend pas l’album moins accessible pour autant. Ils nous donnent ce qui manque à beaucoup aujourd’hui : une bonne dose de sincérité et de proximité. En nous parlant de leur propre vie, ils évoquent des sentiments universels qui – avec eux – deviennent dansants et revêtent l’aspect transpirant des meilleurs concerts.Avec cet album, on apprend réellement à connaître le groupe qui nous laisse découvrir, à travers une nette évolution, leur façon d’envisager la musique.Le titre phare : Can You Find A Way ?• VERA

Au moment d’établir de nos tops de fin d’année et d’attribuer nos fictifs awards, c’est toujours difficile de trancher et de dire sans hésitation : c’est CET album.
Mais cette année, pas l’ombre d’une hésitation : c’est bien l’album des Rapture qui nous a marquées au fer rouge.
Peut-être notre passion pour cet album est-elle accentuée par le plaisir de les avoir vus sous leur meilleur jour sur le chantier de la future SMAC le 10 Septembre dernier, ou peut-être est-ce tout simplement parce que leur brûlante évolution est plus séduisante que jamais.

En effet, pas besoin de pousser l’écoute de ce disque bien loin pour s’apercevoir qu’il y a eut du changement dans le son du groupe, on ne retrouve plus cette recette accrocheuse qui les caractérisait mais quelque chose de plus ouvert sur les genres. Le groupe s’approprie les caractéristiques de la soul et explore l’électro de façon à nous surprendre à chaque titre que l’on écoute comme s’il figurait sur le premier disque d’un groupe encore inconnu. Mais rien ne sert de s’illusionner, l’on est sensible à leur évolution. Il semble qu’ils aient fait un grand pas en avant depuis Pieces of The People We Love en 2006. Leur musique devient plus mature, on retrouve pas mal de références à la paternité (Children, It Takes Time To Be A Man, Can You Find A Way ?) et si l’on retrouve la thématique de l’amour qui ne les quitte pas depuis le premier disque, ce n’est plus l’amour de jeunesse mais bien celui de leur vie : leur famille ou la musique, au choix.

D’un côté, le mélange des genres et le rythme moins soutenu rendent les titres moins immédiats mais cela ne rend pas l’album moins accessible pour autant. Ils nous donnent ce qui manque à beaucoup aujourd’hui : une bonne dose de sincérité et de proximité. En nous parlant de leur propre vie, ils évoquent des sentiments universels qui – avec eux – deviennent dansants et revêtent l’aspect transpirant des meilleurs concerts.

Avec cet album, on apprend réellement à connaître le groupe qui nous laisse découvrir, à travers une nette évolution, leur façon d’envisager la musique.

Le titre phare : Can You Find A Way ?

• VERA

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On en était venus à oublier le pouvoir d’impulsion de l’écriture. Le tapage qu’a causé la parution de Indignez vous ! de Stéphane Hessel est là pour nous le rappeler. On ne peut dire que cet opuscule de treize pages plutôt décousu ait en lui même une immense force littéraire ; on pourrait d’ailleurs le trouver moralisateur ou sans interêt. Il nous parle de choses et d’autres, mêle passages autobiographiques et considérations sur le monde contemporain, et les aphorismes se succèdent sans réelle continuité. Le propos, abstrait et assez général aux premières pages, se recentre sur l’indignation que l’auteur ressent en face du conflit israélo-palestinien, pour finir sur un appel à l’indignation à « ceux et celles qui feront le XXIe siècle », au nom de la Résistance au nazisme, qui fut la première grande indignation de Hessel. Ce serait vain de chercher les raisons rhétoriques qui structurent une telle démarche ; si la plume de Stéphane Hessel ne parvient pas à faire autorité sur nous, ni ses références (Sartre souvent, Apollinaire et Walter Benjamin occasionellement, entres autres), sa biogrpahie ne peut que nous amener au respect ; elle démontre à quel point l’indignation est chez lui affaire de passion, et quelle profondeur ses convictions ont toujours eu. Opposant au  nazisme, torturé par la Gestapo, il a séjourné à Buchenwald juste avant la libération, et c’est chaque fois par un extrème concours de circonstances qu’il a eu la vie sauve. S’en suivra la participation à la rédaction de la Déclaration universelle des Droits de l’homme, un poste à l’ONU, un autre d’ambassadeur français auprès d’institutions internationales :  Stéphane Hessel a bien plus d’une corde à son arc.
Ce qui pourrait manquer à son propos, c’est un peu de concret quant à la marche à suivre dans notre indignation individuelle. Certes, il nous laisse les clés en main, tous revigorés, se disant qu’il faut agir. Mais quelle direction prendre ? Ses motifs d’indignation sont très largement politiques, et ciblés mine de rien, quant aux exemples qu’il donne.
C’est là que l’actualité a pris le relais. Le retentissement immense qu’a recueilli ce petit manifeste (traduit en plus de 35 langues, vendu à 2,1 millions d’exemplaires en France et plus d’un million à l’étranger), tient en cela qu’il contient les germes de la révolte, tranquillement posés sur le papier, avec un appel à délaisser la violence. Les scandales sont si nombreux, tant de causes sont possibles à embrasser, les malaises et les injustices auxquels il faut remédier, innombrables.
C’est l’aspect politico-social de l’indignation qui a pris le dessus : depuis le printemps fleurissent les mouvements d’« Indignés », en Espagne, puis Belgique, France, Grèce, Etats-Unis, qui ont pris comme point de ralliement le prétexte de l’opuscule d’Hessel pour se mettre en forme. C’est en quelque sorte la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ; c’est surtout la première manifestation littéraire aussi accessible et concise que revêt la contestation.
Et il semblerait que l’indignation comme cela publiée, tapuscrite, bien agencée, provenant d’une figure respectable et assagie, ait beaucoup plus d’impact que les discours et allocutions virulentes de la part de gens certes convaincants, mais desquels les preuves restent à faire.
Ce succès et ces suites assez improbables sont le témoignage de l’empire que garde tout de même l’engagement, ou ne serait-ce que la perspective de l’engagement, sur les esprits, et cela partout dans le monde. • MORNY

On en était venus à oublier le pouvoir d’impulsion de l’écriture. Le tapage qu’a causé la parution de Indignez vous ! de Stéphane Hessel est là pour nous le rappeler. On ne peut dire que cet opuscule de treize pages plutôt décousu ait en lui même une immense force littéraire ; on pourrait d’ailleurs le trouver moralisateur ou sans interêt. Il nous parle de choses et d’autres, mêle passages autobiographiques et considérations sur le monde contemporain, et les aphorismes se succèdent sans réelle continuité. Le propos, abstrait et assez général aux premières pages, se recentre sur l’indignation que l’auteur ressent en face du conflit israélo-palestinien, pour finir sur un appel à l’indignation à « ceux et celles qui feront le XXIe siècle », au nom de la Résistance au nazisme, qui fut la première grande indignation de Hessel. Ce serait vain de chercher les raisons rhétoriques qui structurent une telle démarche ; si la plume de Stéphane Hessel ne parvient pas à faire autorité sur nous, ni ses références (Sartre souvent, Apollinaire et Walter Benjamin occasionellement, entres autres), sa biogrpahie ne peut que nous amener au respect ; elle démontre à quel point l’indignation est chez lui affaire de passion, et quelle profondeur ses convictions ont toujours eu. Opposant au  nazisme, torturé par la Gestapo, il a séjourné à Buchenwald juste avant la libération, et c’est chaque fois par un extrème concours de circonstances qu’il a eu la vie sauve. S’en suivra la participation à la rédaction de la Déclaration universelle des Droits de l’homme, un poste à l’ONU, un autre d’ambassadeur français auprès d’institutions internationales :  Stéphane Hessel a bien plus d’une corde à son arc.

Ce qui pourrait manquer à son propos, c’est un peu de concret quant à la marche à suivre dans notre indignation individuelle. Certes, il nous laisse les clés en main, tous revigorés, se disant qu’il faut agir. Mais quelle direction prendre ? Ses motifs d’indignation sont très largement politiques, et ciblés mine de rien, quant aux exemples qu’il donne.

C’est là que l’actualité a pris le relais. Le retentissement immense qu’a recueilli ce petit manifeste (traduit en plus de 35 langues, vendu à 2,1 millions d’exemplaires en France et plus d’un million à l’étranger), tient en cela qu’il contient les germes de la révolte, tranquillement posés sur le papier, avec un appel à délaisser la violence. Les scandales sont si nombreux, tant de causes sont possibles à embrasser, les malaises et les injustices auxquels il faut remédier, innombrables.

C’est l’aspect politico-social de l’indignation qui a pris le dessus : depuis le printemps fleurissent les mouvements d’« Indignés », en Espagne, puis Belgique, France, Grèce, Etats-Unis, qui ont pris comme point de ralliement le prétexte de l’opuscule d’Hessel pour se mettre en forme. C’est en quelque sorte la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ; c’est surtout la première manifestation littéraire aussi accessible et concise que revêt la contestation.

Et il semblerait que l’indignation comme cela publiée, tapuscrite, bien agencée, provenant d’une figure respectable et assagie, ait beaucoup plus d’impact que les discours et allocutions virulentes de la part de gens certes convaincants, mais desquels les preuves restent à faire.

Ce succès et ces suites assez improbables sont le témoignage de l’empire que garde tout de même l’engagement, ou ne serait-ce que la perspective de l’engagement, sur les esprits, et cela partout dans le monde. • MORNY

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L’un des écrivains les plus contestés du XXe siècle a encore fait parlé de lui cette année. Et pour cause, après sa destitution par Frédéric Mitterrand des célébrations nationale, beaucoup de personnes se sont demandées si ses pamphlets devaient être réédités. En effet, si plusieurs années en arrière ils étaient vendus à prix d’or au marché noir, maintenant nous pouvons les trouver gratuitement sur internet. Mais tout d’abord, que sont réellement ces pamphlets ?Le premier des quatre pamphlets, Mea culpa, est publié en 1936. Il raconte son voyage en U.R.S.S., source de son anticommunisme, et comment il est persuadé que ce sont les juifs qui gouvernent ce pays. Le second, intitulé Bagatelles pour un massacre, est publié en 1937. Il condamne en premier lieu violemment les critiques de son livre publié un an auparavant, Mort à crédit, qui fut un échec commercial. Dans cet ouvrage, Céline veut faire jouer son opéra, Naissance d’une fée, mais échoue. Il s’exclame alors que les juifs envahissent l’opéra. Le troisième, nommé L’École des cadavres, sort en 1938. Beaucoup plus abouti que les deux autres, il s’agit là d’exposer sa thèse qui débarrasserait  la France des juifs, des Francs-maçons et de la démocratie dans le but de s’unir avec l’Allemagne. Le dernier quant à lui, édité en 1941, signe, comme l’a dit Céline lui-même, sa « condamnation à mort ». Lui qui, lors de la chute du nazisme s’est exilé au Danemark pour fuir sa condamnation à mort, n’avait pas tort. Qui doit décider de sa réédition ? Son épouse, Lucette, s’est toujours opposée à une nouvelle publication après la guerre à cause du tort que cela a causé à elle et son mari. Céline lui-même ne voulait les refaire paraître. D’autres prônent la liberté d’expression, certains ses limites.  Le juste milieu existe-t-il ? Cette question reste encore irrésolue. Mais aujourd’hui, les principes de notre démocratie sont pacifistes, et bannissent l’antisémitisme et le racisme. Dans ce contexte-là, réimprimer les pamphlets est impossible.Cependant, les écrits de Céline tomberont bientôt dans le domaine public, et rien n’empêchera cette réédition. La Seconde Guerre Mondiale ne sera peut-être plus vue du même œil, la mémoire ne sera plus la même. Est-il possible qu’un jour, la France fasse son mea culpa à Céline ? • OSCAR

L’un des écrivains les plus contestés du XXe siècle a encore fait parlé de lui cette année. Et pour cause, après sa destitution par Frédéric Mitterrand des célébrations nationale, beaucoup de personnes se sont demandées si ses pamphlets devaient être réédités. En effet, si plusieurs années en arrière ils étaient vendus à prix d’or au marché noir, maintenant nous pouvons les trouver gratuitement sur internet. Mais tout d’abord, que sont réellement ces pamphlets ?
Le premier des quatre pamphlets, Mea culpa, est publié en 1936. Il raconte son voyage en U.R.S.S., source de son anticommunisme, et comment il est persuadé que ce sont les juifs qui gouvernent ce pays. Le second, intitulé Bagatelles pour un massacre, est publié en 1937. Il condamne en premier lieu violemment les critiques de son livre publié un an auparavant, Mort à crédit, qui fut un échec commercial. Dans cet ouvrage, Céline veut faire jouer son opéra, Naissance d’une fée, mais échoue. Il s’exclame alors que les juifs envahissent l’opéra. Le troisième, nommé L’École des cadavres, sort en 1938. Beaucoup plus abouti que les deux autres, il s’agit là d’exposer sa thèse qui débarrasserait  la France des juifs, des Francs-maçons et de la démocratie dans le but de s’unir avec l’Allemagne. Le dernier quant à lui, édité en 1941, signe, comme l’a dit Céline lui-même, sa « condamnation à mort ». Lui qui, lors de la chute du nazisme s’est exilé au Danemark pour fuir sa condamnation à mort, n’avait pas tort.
Qui doit décider de sa réédition ?
Son épouse, Lucette, s’est toujours opposée à une nouvelle publication après la guerre à cause du tort que cela a causé à elle et son mari. Céline lui-même ne voulait les refaire paraître. D’autres prônent la liberté d’expression, certains ses limites.  Le juste milieu existe-t-il ? Cette question reste encore irrésolue. Mais aujourd’hui, les principes de notre démocratie sont pacifistes, et bannissent l’antisémitisme et le racisme. Dans ce contexte-là, réimprimer les pamphlets est impossible.
Cependant, les écrits de Céline tomberont bientôt dans le domaine public, et rien n’empêchera cette réédition. La Seconde Guerre Mondiale ne sera peut-être plus vue du même œil, la mémoire ne sera plus la même. Est-il possible qu’un jour, la France fasse son mea culpa à Céline ? • OSCAR

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L’Apollonide nous avait fait rêver déjà à Cannes alors que l’on n’en avait vu qu’une seule image, un long travelling ou toutes les filles du bordel parées défilaient sur l’écran et nous faisaient de l’œil, indolentes ou insolentes, et on ne pouvait s’empêcher de les trouver splendides. Bertrand Bonello transforme l’ambiance malsaine qui devait être celle des maisons closes en une atmosphère lourde et très ésotérique. Et surtout, il nous les dévoile comme on ne les connaît que peu : par le prisme des femmes, quand on ne s’en fait une idée que d’après des écrits de mains masculines. Cela lui confère la mission de dévoiler l’envers du décor : les prostituées qui dorment toutes ensemble dans une chambre aux lits drapés de blanc, dernier semblant d’enfance ; les litres d’eau de Cologne en guise de spermicide après chaque rapport ; les maladies vénériennes qui guettent. Et surtout, le quotidien qui se répète inlassablement, tous les soirs boire du champagne et faire bruisser le cristal de son verre, et les pratiques saugrenues des habitués, et le plaisir toujours simulé.Le réalisateur conforte pourtant certains aspects « enviables » de la vision que l’on se fait d’un bordel : ne serait-ce que par l’esthétisme des plans, par les costumes et les décors somptueux et symbolistes. À quelques décennies près, on les imagine sans problème avoir accueilli Baudelaire, Huysmans ou Courbet (la filiation entre le peintre de l’Origine du monde et l’homme qui a pour passion d’observer de près les vulves des femmes est du reste manifeste). L’affectuosité réputée des putains n’est pas démentie, mais on la comprend tout à fait primordiale dans leur entente ; la bonne camaraderie étant la seule façon de surmonter les moments de découragement.Le film revêt des allures de rêve, de par l’anachronisme de certains morceaux de la BO (notamment Nights in white satin des Moody Blues) ainsi que par celui des acteurs choisis pour figurer les clients de la maison close : Bonello a sans hésité fait appel à quelques confrères réalisateurs ; on reconnaît Xavier Beauvois, Louis-Do de Lencquesaing, Jacques Nolot. On appréciera également l’invraisemblable panthère domestique appelée à loisir « Vuitton, Vuitton… ». Mais c’est aussi un affreux cauchemar, et la seule chose qui serait à virulemment reprocher au réalisateur, c’est la cruauté avec laquelle il nous inflige à trois reprises la scène atroce où un habitué désequilibré défigure la plus belle des putains, « La Juive » (la sublime Alice Barnole), en lui taillant un  sourire d’ange au couteau. Acte symbolique pour témoigner de l’asservissement et de la dépendance des prostituées envers leurs clients, acmé de la narration mais d’autant plus terrifiant qu’il survient sans prévenir, au détour de plans joyeux dans une soirée banale ; c’est une façon de rappeler que les prostituées s’inscrivent malgré tout dans un destin hors du commun.L’Apollonide est tourné en huis-clos : il n’y a guère qu’une scène en extérieur où la tenancière emmène toutes les filles se baigner (tous ces corps rose pastel et ces longues chevelures ne sont pas d’ailleurs sans rappeler les Baigneuses de Renoir). Cela en fait un rêve tout à fait languissant, et bien que la situation des filles soit terrible, le film est loin d’être dénué d’humour. Il ne faut pas y chercher des vérités historiques, ni des scènes plausibles, mais apprécier la majesté des corps de femmes, l’infinie beauté des images et l’impression que le tout donne de sortir d’un roman décadent… • MORNY

L’Apollonide nous avait fait rêver déjà à Cannes alors que l’on n’en avait vu qu’une seule image, un long travelling ou toutes les filles du bordel parées défilaient sur l’écran et nous faisaient de l’œil, indolentes ou insolentes, et on ne pouvait s’empêcher de les trouver splendides.
Bertrand Bonello transforme l’ambiance malsaine qui devait être celle des maisons closes en une atmosphère lourde et très ésotérique. Et surtout, il nous les dévoile comme on ne les connaît que peu : par le prisme des femmes, quand on ne s’en fait une idée que d’après des écrits de mains masculines. Cela lui confère la mission de dévoiler l’envers du décor : les prostituées qui dorment toutes ensemble dans une chambre aux lits drapés de blanc, dernier semblant d’enfance ; les litres d’eau de Cologne en guise de spermicide après chaque rapport ; les maladies vénériennes qui guettent. Et surtout, le quotidien qui se répète inlassablement, tous les soirs boire du champagne et faire bruisser le cristal de son verre, et les pratiques saugrenues des habitués, et le plaisir toujours simulé.
Le réalisateur conforte pourtant certains aspects « enviables » de la vision que l’on se fait d’un bordel : ne serait-ce que par l’esthétisme des plans, par les costumes et les décors somptueux et symbolistes. À quelques décennies près, on les imagine sans problème avoir accueilli Baudelaire, Huysmans ou Courbet (la filiation entre le peintre de l’Origine du monde et l’homme qui a pour passion d’observer de près les vulves des femmes est du reste manifeste). L’affectuosité réputée des putains n’est pas démentie, mais on la comprend tout à fait primordiale dans leur entente ; la bonne camaraderie étant la seule façon de surmonter les moments de découragement.
Le film revêt des allures de rêve, de par l’anachronisme de certains morceaux de la BO (notamment Nights in white satin des Moody Blues) ainsi que par celui des acteurs choisis pour figurer les clients de la maison close : Bonello a sans hésité fait appel à quelques confrères réalisateurs ; on reconnaît Xavier Beauvois, Louis-Do de Lencquesaing, Jacques Nolot. On appréciera également l’invraisemblable panthère domestique appelée à loisir « Vuitton, Vuitton… ». Mais c’est aussi un affreux cauchemar, et la seule chose qui serait à virulemment reprocher au réalisateur, c’est la cruauté avec laquelle il nous inflige à trois reprises la scène atroce où un habitué désequilibré défigure la plus belle des putains, « La Juive » (la sublime Alice Barnole), en lui taillant un  sourire d’ange au couteau. Acte symbolique pour témoigner de l’asservissement et de la dépendance des prostituées envers leurs clients, acmé de la narration mais d’autant plus terrifiant qu’il survient sans prévenir, au détour de plans joyeux dans une soirée banale ; c’est une façon de rappeler que les prostituées s’inscrivent malgré tout dans un destin hors du commun.
L’Apollonide est tourné en huis-clos : il n’y a guère qu’une scène en extérieur où la tenancière emmène toutes les filles se baigner (tous ces corps rose pastel et ces longues chevelures ne sont pas d’ailleurs sans rappeler les Baigneuses de Renoir). Cela en fait un rêve tout à fait languissant, et bien que la situation des filles soit terrible, le film est loin d’être dénué d’humour. Il ne faut pas y chercher des vérités historiques, ni des scènes plausibles, mais apprécier la majesté des corps de femmes, l’infinie beauté des images et l’impression que le tout donne de sortir d’un roman décadent… • MORNY

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A l’occasion de sa sortie en salle fin février, le ciné-club avait eu le loisir de vous en faire profiter le jour même pour 1€50. Récompensé par 4 Oscars, dont celui que Colin Firth aura du attendre des années pour finalement consacrer ce qui est sans doute l’apogée de sa carrière, maintes récompenses, ce n’est pas sans dire que ce film, britannique pour une fois, mérite sa place. Et il va bien sûr de soi qu’il l’aurait tout de même méritée sans Oscars (ce qui aurait été injuste vue la qualité de ce film).L’histoire du bégaiement si peu connue du père d’Elizabeth II est une manière totalement différente d’aborder la royauté face aux changements de la fin des années 30, menacée par la guerre. Cet homme, qui paraît si inaccessible et si robuste, va peu à peu ouvrir son esprit à cet orthophoniste aux méthodes peu orthodoxes, et à la fois mettre à nu les tabous de la famille royale, cette famille pas si parfaite et loin d’être normale.Maître dans la réalisation d’un film qui aura été un défit délicat à réussir, Tom Hooper, réalisateur d’origine australienne, réussit à porter ce qui était à l’origine une pièce de théâtre en une leçon d’humanité, à la fois dans l’amitié entre un roi dans le doute et un acteur australien déchu, devenu orthophoniste malgré lui à cause des dégâts de la guerre de 14-18, et à la fois dans la vie de cet homme marginalisé par sa famille qui accomplira un grand destin en gardant son pays dans l’espoir pendant ces années sombres. Ce qui est intéressant dans ce film, ce sont les coulisses de l’ascension au trône, la violation de tous ces codes établis par la royauté elle-même (le scandale d’Edward VIII qui dût abdiquer à cause de sa volonté d’épouser une femme divorcée et américaine, Lionel Logue, l’orthophoniste, qui appelle le roi par son surnom, « Berthie »), et le jeu si incroyable des acteurs tels que Colin Firth et Geoffrey Rush.Enfin, le fameux discours, déclamé royalement sous le deuxième mouvement de la septième symphonie de Beethoven, fait office de conclusion à ce qui fut l’aboutissement de tout ce travail, qui ne cessera jusqu’à la fin du règne du roi bègue. • OSCAR

A l’occasion de sa sortie en salle fin février, le ciné-club avait eu le loisir de vous en faire profiter le jour même pour 1€50. Récompensé par 4 Oscars, dont celui que Colin Firth aura du attendre des années pour finalement consacrer ce qui est sans doute l’apogée de sa carrière, maintes récompenses, ce n’est pas sans dire que ce film, britannique pour une fois, mérite sa place. Et il va bien sûr de soi qu’il l’aurait tout de même méritée sans Oscars (ce qui aurait été injuste vue la qualité de ce film).
L’histoire du bégaiement si peu connue du père d’Elizabeth II est une manière totalement différente d’aborder la royauté face aux changements de la fin des années 30, menacée par la guerre. Cet homme, qui paraît si inaccessible et si robuste, va peu à peu ouvrir son esprit à cet orthophoniste aux méthodes peu orthodoxes, et à la fois mettre à nu les tabous de la famille royale, cette famille pas si parfaite et loin d’être normale.

Maître dans la réalisation d’un film qui aura été un défit délicat à réussir, Tom Hooper, réalisateur d’origine australienne, réussit à porter ce qui était à l’origine une pièce de théâtre en une leçon d’humanité, à la fois dans l’amitié entre un roi dans le doute et un acteur australien déchu, devenu orthophoniste malgré lui à cause des dégâts de la guerre de 14-18, et à la fois dans la vie de cet homme marginalisé par sa famille qui accomplira un grand destin en gardant son pays dans l’espoir pendant ces années sombres. Ce qui est intéressant dans ce film, ce sont les coulisses de l’ascension au trône, la violation de tous ces codes établis par la royauté elle-même (le scandale d’Edward VIII qui dût abdiquer à cause de sa volonté d’épouser une femme divorcée et américaine, Lionel Logue, l’orthophoniste, qui appelle le roi par son surnom, « Berthie »), et le jeu si incroyable des acteurs tels que Colin Firth et Geoffrey Rush.
Enfin, le fameux discours, déclamé royalement sous le deuxième mouvement de la septième symphonie de Beethoven, fait office de conclusion à ce qui fut l’aboutissement de tout ce travail, qui ne cessera jusqu’à la fin du règne du roi bègue. • OSCAR

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On ne signalera jamais assez l’importance des découvertes, car elles nous apportent momentanément un plaisir incomparable et sur la durée celui de les partager.
Dernièrement, c’est grâce au blog Je suis perdu - véritable défricheur de photographie contemporaine - que nous avons découvert un couple de photographes dont les clichés ne nous quittent plus depuis : Rafa Castells et Alba Yruela. Comme leurs noms l’induisent, ils sont espagnols - barcelonais plus précisément - expatriés à Londres depuis quelques années.

Si leur travail nous a touchés, c’est que leurs deux objectifs rendent avec grâce la jeunesse en 2011.

Sur le site de Rafa Castells, les photos sont classées dans des catégories titrées “spring and summer 2011”  ou encore “fall and winter 2010” ; nous rappelant ainsi nos titres d’albums facebook. Et leurs photographies ont la même vocation que les nôtres - la qualité en plus - c’est-à-dire laisser une trace de ces moments vécus, de ces périodes de notre existence et des personnes qui les peuplent. L’on retrouve donc énormément de clichés d’Alba sur le site de Rafa et inversement mais aussi de leurs amis et de leurs intérieurs, ces espaces en mouvement que l’on fait évoluer à l’infini avant de les déserter. En observant leurs clichés, notre cœur s’emplit automatiquement de ce sentiment de légèreté ; comme si cette vie qui ne tient finalement qu’à un fil n’était qu’une succession de ces petits moments délectables, d’instants si délicieux qu’ils méritent tous d’être photographiés, immortalisés.

Sur leurs sites respectifs, l’on trouve également une autre facette de leur travail. Certaines de leurs photographies apparaissent comme des séries et induisent un travail de préparation conséquent, prouvant ainsi qu’ils excellent dans l’instantanéité comme dans la confection. • VERA

www.albayruela.com  et www.rafacastells.com