Billets comportant le tag nobel

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Le 6 octobre dernier a été déclaré le prix Nobel de littérature de cette année, dont le choix a surpris : Tomas Tranströmer n’était pas particulièrent cité parmi les favoris médiatisés tel le poète syrien Adonis ou encore Bob Dylan, dont les noms reviennent chaque année au milieu des prétendants au prix.
C’est Tomas Tranströmer qui a été désigné, premier suédois depuis 1974 où Eyvind Johnson et Harry Martinson avaient remporté le Nobel alors qu’ils faisaient partie de l’académie qui attribue cette récompense. Cela avait été très controversé, et le jury stockholmois s’était depuis lors réservé de nommer trop souvent des lauréats issus de son territoire pour ne pas se voir accuser de favoritisme local…
Il n’empêche que le nom du poète se frayait un chemin parmi les lauréats éventuels et ce depuis quelque temps. Sa renommée est mondiale, il n’y a guère qu’en France où son nom est moins évocateur (cela dit, il compte Jaccottet parmi ses fervents lecteurs, les terminales littéraires sauront faire bon usage de cette information !).
Ce serait donc le moment de s’intéresser à la plume de Tranströmer, qui écrit depuis plus de cinquante ans et dont l’œuvre et d’ailleurs publié entièrement en un seul volume chez Poésie Gallimard regroupé sous le nom de Baltiques, ainsi que par recueils chez Castor astral ; Jacques Outin en est le traducteur assidu en talenteux.
C’est la contemporanéité des poèmes de Tranströmer qui surprend de prime abord. On serait habitués à une poésie hors du temps, où ne sont jamais invoqués que des motifs sempiternels : la nature, les sentiments humains. Et si jamais il était question de la ville, on imaginerait celle du XIXe siècle en mutation, celle transfigurée par la guerre, que sais-je. On en vient à croire que la poésie s’est arrêtée avec le surréalisme, et l’on peine à trouver des noms de poètes actuels : et si encore on arrive à en citer des noms, combien en a-t-on lus ?
C’est que la poésie contemporaine est fortement méconnue, et celle qu’il peut nous arriver d’étudier scolairement n’est jamais très manifestement ancrée dans les paysages de tous les jours. Or Tomas Tranströmer inclut sans problème à ses poèmes des éléments de notre vie quotidienne urbaine, auxquels on pourrait ne rien trouver de poétique : des tasses de café, des vitrines, des ascenceurs, des wagons de métro. Autant de choses desquelles on est surpris de s’étonner quand on se dit jeunes et modernes. Mais quoi de plus naturel, après réflexion, que d’intégrer tout cela à une poèsie de maintenant ? Ce serait anachronique de s’évertuer à toujours ressasser les mêmes lexiques lyriques et abstraits. La poésie aussi change, et l’expérience de la lecture de Tranströmer prouve bien que cela n’elève aucune qualité littéraire d’user de ces termes. Ses poèmes ont cette grande capacité de suggestion que l’on attend de la poésie de qualité, et ils nous transportent dans des horizons qui, à travers le prisme de la poésie, semblent moins réels, moins tangibles, plus extraordinaires, que ce soit New York ou les Baltiques. •MORNY
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SCHUBERTANIA
“A la nuit tombante, sur une place en dehors de New York, un point de vue d’où l’on peut, d’un seul coup d’œil, embrasser les foyers de huit millions d’hommes.
L’immense ville, là-bas, est une longue congère scintillante, une nébuleuse spirale vue de biais.
Dans cette galaxie, on fait glisser les tasses de café sur les comptoirs, les vitrines demandent l’aumône aux passants, un grouillement de chaussures qui ne laissent aucune trace.
Les échelles d’incendie montent aux façades, les portes des ascenseurs se rejoignent, un perpétuel flot de paroles derrière les portes verrouillées.
Des corps affaissés somnolent dans les wagons du métro, ces catacombes qui filent droit devant.
Je sais aussi – sans aucune statistique – qu’à cet instant précis, dans une de ces chambres là-bas, on joue du Schubert et que ces notes pour quelqu’un sont plus réelles que tout le reste…”